Extraits de la revue

Nous vous proposons de découvrir quelques extraits de notre revue Partages; pour des questions de droit à l'image et d'anonymat, nous avons supprimé les photos qui illustraient les articles. Bonne lecture !

 

 

 

                                            Le Coin des lecteurs

 

Une fois de plus, nous commençons cette rubrique en mettant à l’honneur l’une de nos adhérentes ; laissons la parole à Henry M qui nous évoque INSPIRATION, de Georgine Charrieau.

C’est une grande plaquette de format A4, superbement illustrée en couleurs, de 95 pages. L’ouvrage aurait pu s’intituler InspirationS au pluriel compte tenu de la diversité des thèmes et anecdotes qui y sont évoqués, en vers ou en prose.

   Une première partie titrée « Eloge à Dame Nature » décrit les ciels, les eaux calmes ou furieuses, la flore, les animaux et surtout les oiseaux, passion de Georgine, qui volent, se posent, pépient, trillent… La seconde moitié, « Famille et Amitié », c’est toute l’humanité, la planète, le voyage, l’évasion, le rêve, le sentiment, avec davantage de récits en prose. Le style de l’ensemble est d’une brièveté éloquente, les vers sont libres avec souvent des rimes très riches. Le goût de l’insolite est évident. Plongez vite, amis lecteurs, dans le monde surprenant de Georgine Charrieau, adhérente d’Epistola, qui a dédié son ouvrage, entre autres, à ses correspondant(e)s.

Marie France R nous propose une lecture qui cultive la nostalgie : Le dernier été de Pierre-Jean Rémy : « Voici l’ouvrage qui m’a passionnée ! Le terme est faible … J’ai vraiment été emballée par cet ouvrage. C’est l’été 1944, l’été d’un adolescent. Il se retrouve en Auvergne, pour fuir Paris avec sa famille. Il y a la cousine de seize ans, Laurence, et ce sera la plus belle histoire d’amour dont on puisse rêver. Promenades sur les Hauts plateaux ; gestes échangés avec Laurence ; amour naissant, très pudique (le héros n’a que quinze ans) ; la guerre continue ; les maquis se déchirent. Bref, lisez cet ouvrage et vous y sentirez toute la poésie de la nature, des sentiments ; bref, un chef d’œuvre à mon sens ! »

Dépaysement assuré en  suivant Lydia G et La maison au toit rouge de Kyoko Nakajima. « En 1936, Taki, adolescente, quitte ses montagnes enneigées pour entrer comme bonne au service de la famille Hira. Une belle complicité se développe entre la belle patronne Tokiko et Taki. Elle évoque  demi-mots l’amour platonique de l’époux, l’attirance de sa patronne pour un jeune dessinateur Ikatura ; cette idylle est réprouvée par Taki, ce qui la pousse à commettre un acte qu’elle regrettera jusqu’à sa mort. Après l’attaque de Pearl Harbour, elle retournera chez elle, la maison étant détruite et ses patrons morts. Elle écrit alors ses mémoires pour son petit neveu qui découvrira des dessins d’une maison au toit rouge qui fit le succès d’un célèbre architecte. Pudeur et élégance d’un roman qui nous plonge dans un Japon disparu. »

Et si vous aimez ce roman, sachez qu’il a été porté récemment à l’écran dans un film qui a reçu de nombreuses louanges de la critique.

Restons à Tokyo à la même époque avec un roman de Pearl Buck présenté par Catherine B: « Je viens de finir Une certaine étoile que m’a envoyé une adhérente Epistola. Sur fond de guerre, mais très émouvant et divertissant. De par le monde, au cœur de chaque homme, brille un espoir, une certaine étoile...
Dans le Tokyo du néon et du rock, Mme Omura, élevée selon la tradition, accepte, soumise,
l'infidélité de son mari. Jusqu'au jour où elle rencontre une entraîneuse, lasse de son métier. Ensemble, elles tenteront de conquérir leur autonomie de femme.
En 1945, un soldat américain revient au pays, retrouve ses parents, sa fiancée. Pourtant, il se sent étranger à tout et à tous. Son père, d'ailleurs, n'a-t-il pas toujours été un inconnu pour lui ? Un soir, cependant, entre les deux hommes, s'engage un vrai dialogue, le premier...
En d'autres lieux encore - au bord du Yang-Tsé, dans les ruelles de Hong-Kong, sous les feux de Broadway - cette étoile palpite. Et Pearl Buck nous la fait découvrir avec le chaleureux pouvoir d'évocation qui marque toute son oeuvre. »

Dans un tout autre registre, Henry M nous propose de découvrir Désirée Boillot :

  «  Désirée Boillot est une auteure déconcertante dans la mesure où ses deux derniers livres, édités presque simultanément, n’ont pas le moindre point commun, ni dans le fond ni dans la forme.

    Les Antipodes  (Ed. Zonaires), roman semble-t-il autobiographique, content l’idée folle d’une étudiante de 22 ans qui, ses diplômes obtenus et pas pressée d’emprunter le parcours balisé de la vie professionnelle, veut vivre ses rêves et prend l’avion pour la Polynésie. Un certain suspense accroche le lecteur dès le début : que va-t-il advenir de cette jeune fille inexpérimentée et confrontée à l’inconnu ? L’intrigue est riche de mésaventures et de rebondissements. Mais ce qui séduit aussi dans cet ouvrage, c’est la découverte d’une autre culture, d’un milieu exotique d’une beauté sublime et si bien décrite, d’une faune et d’une flore que la jeune « aventureuse » se complait à évoquer. La philosophie de cette expérience semble se résumer dans la citation du poète grec Pindare : « Deviens ce que tu es quand tu l’auras appris. »

   L’autre ouvrage (Ed. L’Harmattan) est un recueil de 12 nouvelles percutantes aux chutes vertigineuses et qui font tilt à tous les coups. Elles ont pour cadre le monde implacable de l’entreprise et des affaires, sans pitié surtout pour les faibles et les humbles. L’auteure s’y exprime avec une verve toute parisienne et un sens indéniable de l’humour et de la caricature, et aussi en révélant une sensibilité à fleur de peau. On peut imaginer que la jeune rêveuse découvrant les antipodes s’est retrouvée confrontée à la dureté de la condition salariale, qui a pu lui inspirer cet ouvrage si différent, mais dont on se régale aussi.

   Les deux livres sont révélateurs de la riche polyvalence du talent de Désirée Boillot.     

Je terminerai en évoquant un auteur que la plupart des adhérents connaissent puisqu’il s’agit de Jean Anglade. Cet auteur, maintenant très âgé, a publié son premier roman en 1952 et a écrit plus d’une centaine d’ouvrages. Il appartient à ce qu’on appelle souvent les écrivains du terroir, qui rencontrent un succès mérité. Le tilleul du soir met en scène Mathilde, au soir de sa vie ; dernière habitante d’un hameau déserté par les autres villageois, elle mène une vie rude, mais proche de la nature. Malheureusement, l’âge venant, elle ne peut plus rester ainsi isolée et doit se résoudre à suivre les conseils de son médecin qui la fait admettre dans une maison de retraite Le Doux repos. Voilà donc Mathilde l’indépendante réduite à l’état de rentière, de pantouflarde pour reprendre ses propos ; elle découvre la cohabitation et l’auteur nous raconte avec humour les péripéties de son héroïne jusqu’à l’ultime décision.

 

 

  1. Compléter les phrases suivantes au moyen d’un nombre :

Mon studio vient d’être refait à ….

J’ai remis un cadeau à chacun ….

Si Kant était béatifié, on l’appellerait …..

Je lui ai fait des cadeaux en ….

Une hémorragie est une perte de …

Vous avez tout réussi ? Vous êtes en plein dans le …..

 

  1. Trouvez le code secret :

J’ai oublié le code de mon téléphone. Il comprend trois chiffres : celui des centaines vaut 2 de moins que celui des unités ; le chiffre des dizaines a 6 de moins que le chiffre des unités et le chiffre des unités est le triple de celui des dizaines. Aidez-moi !

 

  1. Et mon tout est ?

Ma première lettre est dans AMER mais pas dans RANG

Ma deuxième lettre est dans CASE mais pas dans CRIE

Ma troisième lettre est dans PRIX mais pas dans TAUX

Et ma quatrième est dans MONT mais pas dans TOUT.

Mon tout est une partie du corps humain.

 

  1. Transformez MUTIN en TARTE :

A chaque étape, vous pouvez changer une lettre mais sans bouger la place des autres. Il y aura quatre mots intermédiaires.

 

  1. Comment s’appellent les habitants ?

Associez à chaque ville le nom de ses habitants :

Alpicois – Croisillons – Dyonysiens – Briochains – Reginaborgiens – Baralbins – Cadurciens – Lédoniens – Meldois – Lexovins.

Villes proposées : Lons le Saunier – Saint Denis – Lisieux – Le Pecq – Bar sur Aube – Meaux – Saint Brieux – Croissy sur Seine – Bourg La Reine – Cahors.

 

  1. Qui suis-je ?

Avec mes quatre lettres, je suis un animal ; changer l’une de mes lettres me donne de l’appétit ; changer une autre lettre me transforme en abri. Qui suis-je ?

 

                    Du côté de Croissy sur Seine

 

 

Pour un adhérent d’Epistola, Croissy sur Seine est le siège administratif de l’association, l’adresse officielle. Mais cette petite ville lovée dans une boucle de la Seine à quelques kilomètres de Paris a bien d’autres raisons  d’être connue jusqu’en des lieux comme New York, Moscou ou Londres que les quelques épistoliens qui y vivent.

En effet, Croissy, comme ses voisines Chatou, Bougival, Louveciennes s’est rendue célèbre par les peintres impressionnistes qui l’ont représentée.

L’histoire commence en 1859 lorsque François Seurin installe un bateau-café entre la berge de la Seine et un petit îlot appelé Le Camembert. Il aménage dans cette enceinte des bains froids.

Depuis 1837, année de l’arrivée du premier chemin de fer à Chatou au départ de la gare Saint Lazare, les bords de Seine sont devenus l’attraction à la mode pour les parisiens. Maupassant y vient fréquemment et les a utilisés comme décor de plusieurs de ses nouvelles (Yvette, Mouche …). Hélas, le 20 octobre 1889 un incendie détruit le bateau-café ; l’époque faste est terminée et en 1928, le site est complètement abandonné.

 

Mais en 1869, a lieu une rencontre décisive à l’ile de la Grenouillère entre deux peintres qui vont devenir très célèbres : Monet et Renoir. Ils peindront 6 toiles de ce lieu idyllique ; cinq d’entre elles sont conservées dans des musées prestigieux à l’étranger, la sixième ayant disparu à Berlin en 1945.

L’Ile de la Grenouillère sera peinte par Monet, Renoir mais aussi Pissarro, Courbet, Seurat et un tableau est même attribué à Van Gogh.

 

La mémoire de cette époque, oubliée pendant des décennies, s’est ravivée dans les années récentes ; l’ilot Le Camembert a disparu mais la célèbre Maison Fournaise de l’Ile de Chatou a été rénovée et abrite un restaurant très agréable l’été, ainsi que le Musée Fournaise ; un musée de la Grenouillère a été créé à Croissy sur Seine dans l’enceinte du Château Chanorier récemment restauré. La fête de la Grenouillère en mai remet à l’honneur guinguettes, barques et costumes d’époque.

 

                                   POESIES

 

Etrangère, dont le voile qui te couvre cache la ténébreuse nuit, quand prendras-tu pied sur ma terre ?                                                                                                                                   De ta griffe légère égratigneras-tu mon cœur, l’écaille de mon âme d’un sourire d’eaux dormantes, ce masque des pulsions interdites ?                                                                      La plume que je trempe dans l’eau noire de tes  flots, j’en extrais l’encre sous-marine.

Loin de la mer, le vent emporte l’émouvante tendresse du soir, celle animée de flammes vespérales percées de l’or lointain.                                                                                            Ta main froide et dure s’est adoucie à la pression des miennes.                                               Entre tes doigts murissent le goût des chairs heureuses.

La moiteur viendra se conjuguer à la brise marine et brassé par les flots, ton corps entier exhalera l’odeur des sables fins mouillés par les marées, celle des goémons jetés sur les galets dans la frange d’écume constamment remuée.

Nous avons jeté l’ancre là-bas sur les hauts fonds et le ciel, maintenant se remplira de gloire.                                                                                        Roland D

 

                                      LIBERTE                                                       

La feuille blanche est devenue noire          

Quand les mots se font tolérance                                                        

Et que la haine devient violence                      

Il reste le désespoir.                                 

                                                              

Au revoir Messieurs                                 
Vous êtes Grands                                     
                                                              
Nous brandirons vos crayons                     
Vos odes à jamais dans nos cœurs             
Votre liberté s'est transformée en horreur   
Jamais nous ne vous oublierons                 
                                                              
Au revoir Messieurs   

Sonia B                                    

                                                   

                                      SOLEIL DEFIGURE

 

Ils ont dessiné Sur les fronts des enfants Des jardins Qu’ils ont clos Avec les pieux

De leurs mains. Ils ajouté Avec leurs cœurs glacés Des rayons Au soleil défiguré.

Dans les dédales meurtris Les mères agenouillées Sur des cadavres blancs Ont les yeux couverts De haine et de sang.

Ils ont chanté L’hymne à la paix A l’ombre du chapelet Des trêves violées.

La mort En habit de guerre Déambule Entre le canon et le fer.

Dans les méandres De l’oubli Le silence engloutit L’écho des cris Insoumis.

                                                                                                         Salima  C

 

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Dans le Partages 148 (octobre 2015), une nouvelle écrite par un de nos adhérents.

 

TRANCHES DE VIE

DANS LE MILLE

C’est un poids bien pesant qu’un nom trop fameux - Voltaire

Récit de Camille :

 

Comme Papa, toute la famille s'appelle Mille. Moi c’est Camille. Camille Mille. Un drôle de nom, mais c’est ainsi. La famille, c'est d'abord Maman, bien sûr, mon petit frère et moi. Papa, qui, de surcroît, se prénomme Emile, pousse même la plaisanterie jusqu'à se faire surnommer Mimile. Mimile Mille. Ridicule, n'est-ce pas ?

Cela ne serait rien si Papa ne s'était entiché de sa famille, la famille Mille. Depuis des mois, que dis-je, des années, Papa fait des recherches. Des recherches généalogiques. II a écrit à presque toutes  les mairies de France et de Navarre. A presque tous  les conservateurs de cimetières du vieux continent et du nouveau monde. A presque tous les archivistes de la planète. Eh ! bien, des Mille, il en a trouvé. Partout. Des Mille et des cents !

 

Rien ne semblait pouvoir l’arrêter dans ses travaux. Un jour cependant, il nous réunit dans le jardin. Le moment est venu, dit-il, de planter notre arbre. Notre arbre généalogique. II a posé sur la terrasse un dossier gros comme çà. Mille feuilles, estime Maman, le rouleau à pâtisserie à la main. Puis Papa a déroulé sous nos yeux incrédules et sur la pelouse bordée de millepertuis, un vaste document : c'est l'Arbre. L'Arbre des Mille. Grouillant, merveilleux et déconcertant. Mon petit frère tente une diversion ; « Si le singe descend de l'arbre... »

 

Le regard nostalgique, de l'émotion dans la voix, papa monologue ;

Mille et un, mille et cents… Qu'importe ? Ceci représente un Millénaire de Mille...

Nous, on assimile. Papa redescend sur  terre et annonce son grand projet :

Bientôt le 14 juillet. Ce sera aussi la Grande Fête des Mille. Toutes les branches de l'Arbre, les rameaux, les conjoints, les cousins et les concubins se retrouveront ici à Kermill, berceau de la famille, autour d'une grande table. D'une très grande table. De plusieurs très très grandes tables. Les cousins éloignés. Très très éloignés. De plusieurs milles. Même les cousins germains et ceux à la mode de Bretagne.

Le jour dit, plus de mille Mille envahissent le stade municipal. Tous sont là et d'autres encore. Autour de vastes tréteaux et jusque dans les tribunes couvertes, on festoie, on mange, on boit. A profusion des vins... millésimés. Tout le jour et toute la nuit. Les Mille... et une nuits. Filmées par Cecil B. de Mille. Oui, oui, il est là. On n'est plus à un Mille près !

Au petit matin, les Mille ont disparu. A la maison, Papa, Maman, les enfants et... Tante Emily. Oui, Tante Emily Mill, de Milwaukee, la tante d'Amérique, la veuve du frère de grand’père. Retour en Europe 50 ans après. Papa l'invite :

Restez !

O.K. , répond Tante Emily, de Milwaukee.

Elle a un  accent terrible. Et  un look... Elle fume le cigare. Elle s'installe. Ses dollars vont suivre.

Heureusement, remarque Papa. La météo n'a rien prévu, mais la pluie arrive. La pluie... de factures. Des mille et des cents. Cette journée, vous comprenez. Personne n'a payé. Normal, un repas de famille.

Papa poursuit :

De plus, j'ai perdu mon emploi. L'arbre généalogique, n’est-ce pas, j'y travaillais aussi au bureau. Mon patron n'est pas coopératif. Et j'ai omis de l'inviter. Car il ne s'appelle pas Mille. Tant pis. Enfin tant mieux. La grande famille des Mille est là, sur l'Arbre. Et Tante Emily a promis... Ou est Tante Emily ?...

Tante Emily est partie avec ce qui reste. C'est à dire les petites cuillères en argent et la vieille Simca... Mille. Dernier modèle. Dans sa chambre, un petit billet, mais pas un billet de mille :

“ Bye. Merci pour tout. MILLE baisers. Post-scriptum :  au fait, Emily Mill, c'est pas moi. Moi, je passais...”  Désinvolte, mais correct. Papa commente /”Anecdote entre Mille, si j'ose dire. Ca comportait  mille dangers. J'ai perdu des cents et des mille. Je n'en ai pas le millième. Reste un millier de Mille. La famille, y a qu'ça d'vrai ! -Des raisons d'espérer? Oui, j'en ai mille. Ne serait-ce qu'en retrouvant la vraie Emily Mill. Et un millier d'autres nouveaux Mille. Je vais me remettre au travail sur l’Arbre des Mille. Ce sera prêt pour l’An Trois Mille.

Maman, mon petit frère et moi, nous gardons confiance. Investir dans les Mille ?

Papa a mis dans le mille !                                                                                                     Henry MASSON